Le Passage

Le Passage

CD Digisleeve
Artiste : Thierry Zaboitzeff
Label : Monstre Sonore
Date de sortie digitale : 09/02/2024
Date de sortie physique : 09/02/2024
Distribution digitale : Toutes plateformes de streaming et téléchargement
Genre: symphonic electro rock - ambient - contemporary classical - alternative - post rock - music for image.
Nombre de pistes : 5 | Durée : 34 '
Musiciens : Thierry Zaboitzeff - (interprétation - enregistrement - mixage - basse électrique - violoncelle électrique - voix - claviers - guitare - programmation de percussions et autres instruments acoustiques virtuels)
Invité spécial : Jean-Pierre Soarez (Trompette)
Composition : Thierry Zaboitzeff
Artwork : Thierry Moreau
Liner notes : Denis Desassis
UPC/EAN: 3760345130189
@Monstre Sonore | WTPL - Music | PIAS

Highlands Magazine (F)


LE PASSAGE - Thierry Zaboitzeff
Monstre Sonore/WTPL-Music/PIAS 9 Sonore/WTPL-Music/PIAS février 2024 Cd et album numérique https://www.zaboitzeff.org/
Chronique par Marie Mesmer dans le n° 121 de mai 2024.

LE PASSAGE, propose cinq titres se rassemblant sans se ressembler, en une suite orchestrale somptueuse.
Album interprété, enregistré, mixé, masterisé, de mai à octobre 2023 par Thierry ZABOITZEFF, [membre со-fondateur du groupe ART ZOYD des années 70] ici au violoncelle, voix, guitare basse, claviers, samplers, programmation et divers traitements électro-acoustiques.
Jean-Pierre SOAREZ sublime à la trompette sur des thèmes zoydiens sur les pistes 1-3-5.
À l'écoute de l'album, on entend des partages de genres et d'auteurs bien adaptés, répartis dans l'album dans les règles de l'art par Thierry ZABOITZEFF, face aux sommités, MILES DAVIS, CAN, NEU!, MAGMA, GONG, UNIVERS ZERO, ZAPPA, KING CRIMSON, ISILDURS BANE, RICHARD PINHAS, PINK FLOYD.
L'exemple s'avère lucide notamment avec l'ouvreur A La Poursuite Du Zoyd - extended 4:36, sous l'éminente ouverture fluide de jazz à la Miles DAVIS.
Des sonorités inédites, intenses au sens aiguisé des contrastes de la fameuse trompette de Jean-Pierre SOAREZ au caractère chorégraphique magnifiquement mis en valeur. Analyse fouillée restituant à la partition la lumière des ciels et les couleurs éternelles des vents.

On y comprend l'admiration d'un mélomane lambda avec cette plus-value technique, ce dynamisme exceptionnel, persuasif, cette saveur insatiable
à l'oreille qui l'écoute en boucle. Cette trompette rappelle aussi celle de l'album OFF THE RADAR, d'ISILDURS BANE. Les percussions prolixes et le vibraphone sonnent du côté du soleil de Larks' Tongues In Aspic. Le piano qui accompagne évoque le jeu de Keith TIPPETT sur Lizard. Des coups d'archet éclatants dansant sur une valse effrénée sont d’un réel réel plaisir  enjôleur. De grands moments à chaque mouvement, souffle, relief, respiration.

La Forêt 14:36, 2e titre magmaien dans la voix triste parlée, la partition se continue dans des bruits froissés de feuilles recroquevillées, fanées, craquelantes aux
couleurs de l’automne Floyd. Les bruits discrets d’arbre de pluie, d’une tronçonneuse boulimique, d’un hélicoptère contrôlant le sale travail de pillage de la
forêt lui ôtant son cœur et ses poumons…
Des bruits domestiques harcèlent la nature déjà agressée par la main destructrice de l’homme. Les chants d’oiseaux annoncent l’espoir de la forêt ou ce qu’il en reste, malgré ces déforestations récurrentes, ces abattages abusifs d’arbres, ces tourments incessants. «Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.»
La basse, le violoncelle, l’ensemble de programmations électro-acoustiques rappellent, chacune dans sa litanie, les déforestations, incendies, exploitations
illégales de bois… La partition accompagnée par les claviers, traverse la forêt nous entrainant dans le creux de son âtre où les sons de la nature rappellent le
mal sonné par le tocsin qui s’abat sur elle comme le deuil inéluctable d’un être cher.

Poster Boy 3:40, 3e titre, la trompette ravageuse, idyllique, magique a le sens des contrastes et une virtuosité captivante. Elle offre la priorité absolue de
sauver cette humanité dépravée, en déclin qui saccage la beauté des paysages. En plus d’une leçon de piano, des claviers, du violoncelle, la trompette montre qu’un éminent artiste peut transfigurer n'importe quelle agonie en accalmie.

Twisted Zoydian Song 4:54, 4e titre, un orage éclate, une tempête des sons, une fugue d'instruments s’abrite sous les sonorités épaisses en forme de voûte
céleste, un abri-parapluie au-dessus de la tornade. La tension grimpe, la température aussi hachurant les sons machiavéliques presque inaudibles, comme la voix parlée autoritaire et rauque engluée de métal bousculant le cheminement des instruments pour la paix de la nature. Une marche militaire des instruments au pas millimétré à couper le souffle. Coexistence de la puissance et courroux avec pensées pénétrantes et modération sont exprimés par la musique atypique et ingénieuse de Thierry ZABOITZEFF.

Le Passage 5:26, 5e titre, la trompette éclaire la traversée fantastique des légers effets électroniques, celle des cordes, du chant autant zaboitzeffien que
magmaien. Une couleur de vie sort du poumon vert de la forêt laquelle recouvre ses feuillages, ses arbres, sa végétation, sa faune animale.
Les larmes du violoncelle sont les larmes des nuages muets au-dessus de la forêt, témoins impuissants de ces crimes impunis.

LE PASSAGE fascine celui qui l'écoute, l'écoutera, il est tellement attachant, sincère. LE PASSAGE vole sur l'au-delà des mots s’enfonçant dans la musique
surprenante de Thierry ZABOITZEFF. Il fait partie des grands musiciens qui dénoncent par leur œuvre musicale, l'effroi, le psycho-drame, le pillage de nos bois et forêts utilisant dans son œuvre d'émotion, des détails tout aussi bien que dans l'éclat de ses tutti.
Album à ne pas manquer!

Marie MESMER

Retrouvez l'article original

Rythmes Croisés (F)


Thierry ZABOITZEFF – Le Passage
30 avril 2024 Stéphane Fougère Chroniques

Thierry ZABOITZEFF – Le Passage (Thierry Zaboitzeff / Monstre sonore / WTPL Music)

À peine a-t-on pris le temps de digérer son copieux gâteau d’anniversaire (l’album triple CD anthologique 50 Ans de musique(s)) que le compositeur et multi-instrumentiste Thierry ZABOITZEFF remet le couvert avec un …énième album qui témoigne, s’il fallait encore le prouver, du caractère décidément intarissable de son inspiration artistique. Fort d’une prolifique carrière soliste qui a démarré en 1997 après son départ du groupe ART ZOYD, dans lequel il est resté plus de trois décennies, il pourrait être légitime pour notre homme de vouloir rendre les armes. Il n’en est rien. Notre « Dr. ZAB » a encore des choses à dire. Après plus d’un demi-siècle passé à composer dans et en dehors d’ART ZOYD, Thierry ZABOITZEFF donne encore de la voix (et l’on sait combien elle peut se faire viscérale à ses heures !). Et cette voix porte une vision toujours aussi sagace et pertinente sur l’état du monde et le rôle de l’humain dans ce dernier.

Parce que, sans être un album concept stricto sensu, ce nouveau disque part d’un constat qui, à défaut d’être nouveau, devient de plus en plus prégnant au fur et à mesure des jours qui passent : notre monde est dans une impasse, et le destin de l’être humain fait de plus en plus face à un mur, à des murs, qu’il a lui-même conçus. Trouver une issue devient une urgence. Thierry ZABOITZEFF redonne donc de la voix pour suggérer une voie… autrement dit, un Passage.

Cette notion de passage appelle du reste plusieurs niveaux de lecture. On pourrait en effet y voir l’évocation du passage du temps dans la carrière artistique de Thierry ZABOITZEFF. Car à plusieurs égards, l’ombre de l’univers d’ART ZOYD ressurgit à plusieurs endroits de ce disque, ne serait-ce que dans les titres de deux des cinq compositions de ce disque, à savoir à la poursuite du zoyd et Twisted Zoydian Song. Cela va au-delà du clin d’œil puisque, sur trois des cinq pièces ici présentées, Thierry a invité son ancien complice des premières années « artzoydiennes » Jean-Pierre SOAREZ à faire résonner sa trompette.

Placé en exergue du disque, à la poursuite du zoyd se pare d’un immanquable « mood zoydien », avec son introduction ambient bien sombre, cette trompette « jérichoéenne » sonnant l’hallali, ce riff de basse répétitif, cette lointaine plainte de violoncelle, ces notes de piano en ordre dispersé, ce râle vocal semblant surgir des profondeurs, cette trompette qui revient clamer sa complainte… Oui, il y a un air de déjà-entendu, et en même temps de jamais entendu. à la poursuite du zoyd est du reste un titre ambigu : s’agit-il juste de retrouver le « son artzoydien » ou de le pourchasser pour lui faire subir les derniers outrages ? Gageons que l’idée du « zoyd » a, dans l’esprit de ZABOITZEFF, une définition plus large que celle d’une simple référence à son ancienne identité artistique. Le zoyd doit lui aussi subir l’épreuve du temps qui passe…

Et c’est dans La Forêt, deuxième pièce de cet album, que cette épreuve doit se passer, comme tout bon rituel initiatique qui se respecte. Et pour l’auditeur, La Forêt est en effet une épreuve, pas nécessairement rude ni difficile je vous rassure. C’est une épreuve en ce sens qu’elle déploie plus avant la vision « zaboitzeffienne » dans un format en quasi-technicolor, et sur une durée tutoyant le quart d’heure. Sa structure est constituée de plusieurs chapitres empreints chacun d’une ambiance et d’un traitement sonore différents, mais reliés par un leitmotiv mélodique. La Forêt raconte bel et bien une histoire, celle de la relation que l’homme a entretenu à travers les âges avec la Terre, la nature. On retrouve en filigrane le thème du passage du temps, et les dégradations qu’il inflige.

C’est sur une citation implacable, énoncée en français puis en allemand, de François-René de CHATEAUBRIAND que s’ouvre cette imposante composition : « Les Forêts précèdent les hommes ; les déserts les suivent ». (On retrouve par ailleurs cette phrase citée dans le film d’Edouard BERGEON La Promesse verte.) Suit une mélodie au piano, à la fois mélancolique et apaisante, que vient soutenir un nappe au clavier.

Un premier tableau prend vie avec des captations de bruitages animaliers et d’autres bruits moins engageants évoquant la chute d’un arbre, ponctués par un son sourd de tambour. Alternent alors gazouillis d’oiseaux, nappes troubles, résonances de tambour, craquements, notes aux teintes cosmiques, chute bruyante, voix humaines à la cantonade… Un thème répétitif de deux notes de clavier confirme l’imminence d’une menace, bientôt souligné par des inflexions grinçantes de violoncelle, d’autres notes de piano en surimpression et une couche synthétique au relief symphonique. Ce traitement façon musique de chambre néo-classique a évidemment des échos « artzoydiens », et fait encore ici son petit effet.

Le thème mélodique du départ revient au premier plan, comme pour rassurer. Mais un autre leitmotiv de deux notes de piano plus martiales, auxquelles s’ajoutent d’autres captations de terrain pas moins engageantes (d’autres chutes d’arbres), nous ramène à la réalité. La faune a déserté, conséquence de la déforestation à l’œuvre depuis le premier tableau. Ce second tableau nous plonge dans une dimension sonore plus futuriste avec des relents cauchemardesques. L’apesanteur est de rigueur, claviers analogiques et synthétiques se fraient un chemin (un passage…), et une voix se fait entendre, humaine certes, mais s’exprimant dans un sabir à la tonalité sépulcrale. Des cordes passent en coups de vent, et le thème initial reprend ses droits, plus rassérénant que jamais.

Place au troisième tableau : les voix humaines et les bruits de hache y résonnent avec plus d’acuité. Il y a eu à n’en pas douter des coupes sombres dans la forêt. Gongs et tambours résonnent dans le lointain. Piano et synthétiseur poursuivent tranquillement leurs palabres, la voix humaine reprend son babil incantatoire, plus trouble que jamais, et l’ambiance néo-classique se pare de teintes automnales douce-amères. Un bruit de tronçonneuse met fin à tout espoir de « retour à la normale ». Le piano s’affole, le tambour bat la chamade, le violoncelle s’aigrit, des arbres craquent, des voix résonnent encore et toujours. Mais le petit mirage mélodique au piano revient, imperturbable dans sa quiétude solennelle. D’autres sons plus diffus et inquiétants tapissent la coda, qui semble nous poser la question : jusqu’où ?

Mêlant instruments classiques, échantillons, traitements électro-acoustiques et voix dans la plus pure tradition « zaboitzeffienne », La Forêt impressionne par sa façon de mettre subtilement en scène la dichotomie entre l’image romantique que l’on se fait des ressources naturelles et le traitement douloureux qu’on leur inflige. Aussi cohérente dans sa construction que forte dans son propos, La Forêt s’impose comme une pièce maîtresse tant dans cet album que dans tout l’œuvre de Thierry ZABOITZEFF. Après une tapisserie aussi éloquente, il fallait néanmoins marquer une rupture : Poster Boy s’en charge de manière décomplexée, confrontant la trompette plaintive de JeanPierre SOAREZ à un habillage électro-jazzy alternant séquences doucement groove et séquences plus statiques.

Cette pièce, à l’origine conçue pour le film Fang der Haider de Nathalie BORGER, balaye les échos artzoydiens de la première moitié du disque, avant que ceux-ci ne réapparaissent dans Twisted Zoydian Song, mais sous une forme moins « auto-citationnelle », plus mâchée et digérée. Exit le syndrome musique de chambre. Ligne de piano, nappes de claviers et ponctuations percussives se retrouvent embarqués dans une course-poursuite soulignée par une ligne rythmique entêtante et hypnotique qui ne s’interrompt par instants que pour mieux reprendre. La désormais inévitable voix d’outre-tombe du Dr. ZAB ajoute au climat effectivement « tordu » de cette pièce.

Il est temps de s’engouffrer dans le Passage, sans le forcer. Précédée de sonorités comme sorties d’un vieux film de science-fiction, la trompette de Jean-Pierre SOAREZ s’étale en circonvolutions aigre-douces, une mélodie suave aux résonances de blues oriental émerge, la voix du maître des lieux se fait cette fois plus douce et entonne ce qui ressemble à une prière, à un mantra. Le rythme se fait plus insistant, la trompette en rajoute une couche, rejointe par le violoncelle, et c’est bientôt à une célébration cosmique et lumineuse que nous sommes conviés, sans pour autant virer à l’orgiaque. Point trop n’en faut, aussi le point final arrive-t-il sans prévenir, nous laissant en plan comme de parfaits ahuris.

Le Passage a-t-il été franchi, ou sommes-nous rester coincés à l’intérieur ? Le Passage avait-il une sortie, ou at-il débouché sur un autre mur, ou dans une autre dimension, ou sur une nouvelle prise de conscience ? Le temps y a cependant déposé ses mirages : passé, présent et futur s’y sont enchevêtrés de la plus séduisante des manières. Dans la discographie de Thierry ZABOITZEFF, ce disque est en tout cas un Passage obligé. Et recommandé. Une fois de plus.

Stéphane Fougère

PS : La composition La Forêt est également sortie sous forme d’un EP en Version Dolby Atmos (Audio Spatial) sur Apple Music, Amazon Music et autres plateformes distribuant ce format. Amateurs d’expériences immersives, c’est le moment d’aller randonner…

Site : www.zaboitzeff.org

Page : https://thierryzaboitzeff.bandcamp.com/album/lepassage

Retrouvez l'article original

Salzburger Nachrichten (A)



LE PASSAGE - THIERRY ZABOITZEFF

SALZBURGER NACHRICHTEN (A)
Par Clemens Panagl - 19/04/2024


" IL FALLAIT QUE JE L'EXPRIME EN MUSIQUE "
Perspectives sombres et lueurs optimistes : dans son studio de Rif, Thierry Zaboitzeff crée comme par magie une musique faite de contrastes saisissants.

HALLElN. Le calme que suggèrent le piano et le synthétiseur avec un thème lent ne dure pas longtemps. Bientôt, il est remplacé par des pentes frictionnelles. Et les tensions que Thierry Zaboitzeff crée avec la basse, les cordes, les sons électroniques et les bruits parasites font naître une certaine angoisse. Est-ce le début de quelque chose ou plutôt la fin ?
"Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent", récite le musicien en introduction du morceau de 15 minutes "La Forêt" sur son dernier album "Le Passage". Avec cette phrase, l'écrivain François-René de Chateaubriand évoquait déjà au 19e siècle la destruction de la nature par la civilisation.
Et même si Thierry Zaboitzeff ne met pas de programme en tête de sa musique, cette citation est devenue "une sorte d'approche du contenu de l'album", raconte le musicien français qui vit et travaille depuis de nombreuses années à Rif bel Salzbourg :
" Je suis très sensible à la maltraitance de la nature par l'homme, et il fallait que je l'exprime un jour à travers ma musique. "
La composition, qu'il a également présentée en 2023 sous la forme d'une pièce radiophonique visualisée au festival tanz house de Salzbourg, ne sonne pas pour autant comme un doigt d'honneur : "La musique a quelque chose de magique, elle offre de nombreux niveaux d'interprétation différents, c'est important pour moi. C'est pourquoi seuls ces quelques mots figurent au début de "La Forêt" et laissent ouvertes toutes les possibilités d'association à l'écoute des autres pièces. "
Ces possibilités ont toujours été très larges dans sa musique. Pour les productions de danse-théâtre de l'Editta Braun Company, il écrit des compositions scéniques aux multiples facettes. Et
"Je compose de la musique de manière très visuelle, comme un metteur en scène ".

Sa discographie compte 32 albums rien que depuis 1997. Cette année-là marque un tournant : Zaboitzeff quitte le légendaire groupe d'avant-garde français Art Zoyd, dont il était membre depuis 1971, pour se consacrer à de nouveaux projets personnels.
Sur le dernier album "Le Passage", un ancien collègue du groupe joue à nouveau : Le trompettiste Jean-Pierre Soarez est invité. Comme il utilise de plus en plus souvent la trompette dans ses orchestrations ces derniers temps, raconte Zaboitzeff, "j'ai spontanément demandé à Jean-Pierre de remplacer les samples de trompette prévus sur l'album et d'intervenir de manière improvisée - ce qu'il a fait avec maîtrise et sensibilité. J'y ai retrouvé un peu du son que nous avions formé ensemble avec Art Zoyd".

Le trompettiste a enregistré ses parties en France, Zaboitzeff les a intégrées dans le son global dans son studio de Rif. L'album a déjà une grande portée : les critiques parues au Chili, aux Etats-Unis, en France et en Allemagne depuis la publication de "Le Passage" au printemps peuvent être consultées sur le site Internet du Salzbourgeois d'adoption.
En studio, Zaboitzeff travaille souvent seul, entouré d'une douzaine d'instruments. L'idée de montrer ses capacités de multi-instrumentiste avec basse, violoncelle, guitares, claviers ou percussions ne l'a jamais intéressé : "Ce qui m'intéresse le plus, c'est une composition qui crée des atmosphères sonores et parfois très imagées de toutes sortes. Pour cela, il utilise une large palette de timbres entre jazz, techno, rock, avant-garde et néoclassique : "Je ne m'interdis rien. "

Le " passage " qui donne son nom à l'album signifie aussi en français une transition : vers une fin menaçante ou un début conciliant ? Le morceau-titre qui clôt le disque a "une lueur d'optimisme", résume Zaboitzeff : "Malgré le climat lourd, je voulais qu'il ait un espoir à nourrir : le passage vers un lieu meilleur. "

Album : Thierry Zaboitzeff, " Le Passage ", paru chez Monstre Sonore/Pias.

Retrouvez l'article original

Prog Critique (F)


LE PASSAGE - THIERRY ZABOITZEFF
Chronique par Gabriel du 10.04.2024

Thierry Zaboitzeff l’un des cofondateur et multi-instrumentiste du groupe Art Zoyd (free jazz, rock progressif et avant-garde électronique) nous propose avec son nouvel album ‘Le Passage’ un projet musical qui mélange des sonorités électroniques, acoustiques, classiques et bien d’autres pour créer des atmosphères originales et envoûtantes. Traitant d’un thème actuel (‘un monde en pleine tourmente. La folie humaine oblige la Terre à se défendre avec de violentes répliques, comme autant de signaux de détresse’), les cinq compositions de l’opus sont d’une nature plutôt froide, ambiante et offrent un voyage auditif unique, conviant l’auditeur à s’évader dans un univers captivant. Je vous invite à découvrir en priorité : « à la poursuite du zoyd » un titre plutôt glacial, où les interventions stridentes de la trompette de Jean Pierre Soarez nous plongent dans des territoires sombres et organiques. « La Forêt » le plus long (14’36″) est poignant, créant des paysages sonores et des textures musicales qui s’accordent parfaitement entre elles, il déroule son atmosphère dans des styles parfois dissonants où bruitages, musique classique et électronique se mêlent offrant une expérience immersive qui capture l’imagination. Plus accessible, « Poster Boy » offre un son dynamique, et nous fait profiter des lumineuses interventions teintées jazzy du sax de Jean Pierre Soarez. ‘Le Passage’ un album singulier et enrichissant qui s’avère être une illustration parfaite de l’univers musical de Thierry Zaboitzeff, et enfonce le clou de son particularisme.

Retrouvez l'article original

KoSmïk muZïk (F)


LE PASSAGE - THIERRY ZABOITZEFF
Par Jean Christophe Alluin 30/03/2024

Un nouveau passage pour Thierry Zaboitzeff
Hasard des dates, il y a quarante ans Thierry Zaboitzeff publiait son premier album solo, Prométhée, jolie réalisation assez fascinante. C'est à partir de 1998, suite à son départ de la matrice Zoydienne, que de nombreux albums se sont succédès jusqu'au coffret "rétrospectif" paru en 2022 et chroniqué ici même. Une discographie devenue imposante avec le temps, dévoilant un parcours hors norme d'un chercheur de sons.
Avec ce nouvel opus, ce qui frappe d'emblée c'est la maîtrise sonore de l'ensemble, la vaste palette de couleurs avec un art des contrastes et des contrepieds jamais dementi. Le musicien est en pleine maturité et domine à merveille son arsenal technologique pour en faire un outil au partage de sensations et d'images, agençant les masses sonores avec goût et brio. Il y a de la dramaturgie dans cet album, de nombreuses images se succédant au fil des plages.

La présence de la trompette de Jean-Pierre Soarez (sur trois titres) nous renvoie aux années 80, ce Art Zoyd fructueux et défricheur à foison. Alors ce Passage revisite certaines ambiances du passé mais sans rien hypothéquer de l'avenir de la démarche. En habile "metteur en son", Thierry Zaboitzeff nous guide ici en des plages contrastées et aventureuses, chaque nouvelle écoute révélant sa surprise... Il y a matière à écoute et réécoutes tant cet album est subtil et passionnant. Du très bel ouvrage, comme on disait naguère.

(Monstre Sonore Distribution PIAS)

Retrouvez l'article original

Prog Censor (B)


Thierry Zaboitzeff - Le Passage
rock in opposition – 33:12 – France 2024

Par Auguste - 28/03/2024

Ce n’est pas une première dans son œuvre, qu’il accumule patiemment depuis des décennies, en recherche constante, yeux ouverts et oreilles déployées, mais chaque fois, la surprise est là, tant Thierry Zaboitzeff est à la fois plongé dans le temps d’aujourd’hui (le temps, c’est le moment, là où nous sommes, en 2024, sur cette ligne inexorable, mais aussi ce temps qu’il fait, aux enjeux si majeurs que la disparition se montre, menaçante – un comble, non?) et nourri des temps d’hier, ceux au long desquels il a créé et accumulé les sons, joué avec les timbres, hérissé les associations, sonnantes ou non, subtiles ou radicales, d’une crépusculaire beauté. «Le Passage» parle de la Terre, ce petit endroit sphérique qui nous abrite et se fâche (tant nous avons joué aux apprentis sorciers), nous secoue (mais pas assez puisque Trump-l’idiot va être réélu), nous pousse à la créativité ultime (la solastalgie – qui désespère les jeunes adultes au point de refuser d’enfanter – accouchera-t-elle de la sagesse?): dans «La Forêt», l’épique de ce nouvel album, la tronçonneuse vainc et l’arbre se déchire avant de s’abattre au sol – mais le piano dessine une mélodie d’espoir?; la trompette de Jean-Pierre Soarez (une autre preuve de vie d’Art Zoyd) trépide dans «Poster Boy», partition réarrangée de la musique de «Fang den Haider», filmé par la belge Nathalie Borgers qui cherche, sur les terres de Carinthie, les raisons de l’épitaphe louangeuse de l’extrémiste corrompu Jörg Haider (il n'y a pas qu’en Amérique…), et lumière d’une aube à repeindre?; «À la poursuite du Zoyd (extended)» entretient le présage, musique sombre et démente; le morceau titulaire, peut-être, réaménage une notion d’espoir?
Auguste
Retrouvez l'article original

MUSIC FROM AROUND THE WORLD (USA)




MUSIC FROM AROUND THE WORLD
THIERRY ZABOITZEFF - LE PASSAGE

Par Archie Patterson 20/03/2024

En 1976, Thierry Zaboitzeff était l'un des premiers membres de la première incarnation de l'ensemble français Art Zoyd 3. Leur premier album intitulé SYMPHONIE POUR LE JOUR OU BRULLERONT LE CITIES (Symphony for The Day Cities Will Burn) a révolutionné la scène du jazz et de la musique expérimentale française.
Thierry a quitté le groupe pour poursuivre ses propres projets musicaux après l'album HAXAN en 1997. Depuis, il n'a cessé d'enregistrer des albums explorant un large éventail de styles et de sons musicaux.
Aujourd'hui, Thierry continue d'écrire et d'interpréter de la musique pour la danse, le théâtre, les événements multimédias, les bandes originales de films, ainsi que de la musique pour ses propres projets et performances. En 2023, Thierry a sorti un single intitulé REMINIEMISCENCES et un Ep intitulé LUVOS MIGRATIONS. Récemment, j'ai reçu son tout nouvel album intitulé LE PASSAGE dans lequel on retrouve un ancien membre de l'incarnation originale d'Art Zoyd, Jean Pierre Soarez, qui joue de la trompette sur 3 des titres de l'album.
LE PASSAGE pourrait bien être le meilleur album de Thierry. Musicalement, il rappelle parfois la SYMPHONIE POUR LE JOUR OU BRULLERONT LE CITIES d'Art Zoyd 3, avec trois chansons où Jean Pierre Soarez joue d'incroyables solos de trompette sur les titres 1, 3 et 5. Les compositions de Thierry présentent un large éventail de mélodies puissantes utilisant le violoncelle, la voix, la guitare basse, les claviers, les traitements vocaux, les échantillonneurs, la programmation, ainsi que divers instruments acoustiques.
La piste 1 s'intitule "A la Poursuite du Zoyd - Extended" et commence par une incroyable double piste de basse, une voix gutturale et des chants, avec la trompette de Jean Pierre qui improvise par-dessus.
La piste 2, "La Foret", contient une lamentation écrite par François-René de Chateaubriand. Je ne parle pas français, donc je peux seulement dire qu'en écoutant la musique, il m'a semblé qu'il s'agissait peut-être d'une réflexion métaphorique sur l'assaut de l'humanité et son impact sur la planète aujourd'hui, la planète étant profanée et ses habitants étant éviscérés pour ne laisser qu'un désert. C'est le morceau le plus long de l'album et peut-être la composition la plus puissante que Thierry ait jamais faite.
Il joue des claviers, du violon, de la basse, de divers effets vocaux, de samples et d'effets électroacoustiques. À un moment donné, il grogne, chante, utilise des échantillons sonores et du violoncelle. L'effet de la musique m'a ramené à la fin du film APOCYLYPSE NOW d'Oliver Stone et au colonel Kurtz de Marlon Brando dans sa hutte dans la jungle, et aux visions de folie qu'il avait dans la tête à la fin du film.
La piste 3 "Poster Boy" est en revanche beaucoup plus légère sur le plan musical. La trompette de Jean Pierre joue une fantastique ligne de tête qui accentue le "Strum und Drang" musical plus tempéré des arrangements néo-classiques de Thierry, avec basse, cordes, incantations et effets vocaux.
La piste 4 "Twisted Zoydian Song" commence par d'incroyables vagues sonores réverbérées, suivies par le piano et les voix gutturales de Thierry, agrémentées d'échantillons synthétiques et de violoncelle.
Le titre LE PASSAGE conclut l'album. Cette fois, la trompette de Jean Pierre ajoute des accents subtils et efficaces qui servent de complément parfait à la chanson mélodique de Thierry qui semble se lamenter sur la perte de la vie telle que nous la connaissons aujourd'hui. Sa durée de 5:27 est courte, et s'achève brusquement dans un silence de mort...
LE PASSAGE est en fait un album conceptuel. La citation ci-dessous est tirée du début des notes de pochette écrites pour l'album par Denis Desassis. Elle définit très clairement le concept de l'album en illustrant la vie sur la planète que nous habitons.
NOTRE MONDE EST AUJOURD'HUI EN PLEINE TOURMENTE. LA FOLIE DES HOMMES OBLIGE LA TERRE À SE DÉFENDRE PAR DE VIOLENTES RÉPLIQUES, COMME AUTANT DE SIGNAUX DE DÉTRESSE... 

Autopoietican - Apuntes de Musica Progresiva Contemporanea (PER)




THIERRY ZABOITZEFF : un nouveau passage sur un long chemin
BONJOUR, AMIS D'AUTOPOIETICAN, CÉSAR INCA VOUS SALUE.

Mercredi 06 mars 2024 par Cesar Inca



Aujourd'hui nous avons l'heureuse occasion de vous présenter la nouvelle œuvre phonographique du maître français THIERRY ZABOITZEFF, qui en plus d'avoir une longue carrière solo en tant que compositeur et multi-instrumentiste, est connu pour avoir fait partie du collectif ART ZOYD pendant longtemps. "La Passage" est le titre de l'album sur lequel nous nous concentrons aujourd'hui, qui est sorti le 9 février avec la coopération des labels WTPL Music et Monstre Sonore. Le maître ZABOITZEFF a fait partie de ce groupe bastion de la RIO francophone dont nous avons parlé plus haut, jouant principalement de la basse et du violoncelle, mais il a également contribué aux percussions, aux synthétiseurs, à la guitare et aux effets sonores tout au long de son appartenance au groupe, qui a duré de son premier album "Symphonie Pour Le Jour Où Brûleront Les Cités" (1976) à "Häxan" (1997), c'est-à-dire qu'il était présent à la fois dans la période initiale où l'on se concentrait sur les instruments de chambre avec des idées surréalistes et dans la phase ultérieure de prédominance du futurisme machiniste. Sur son premier album solo "Prométhée" en 1984, ZABOITZEFF s'empare de tous les instruments pour développer à sa manière la phase futuriste qui s'ouvre dans l'univers d'ART ZOYD, et ce n'est qu'en 1992 que ce maître retrouve ses lettres de noblesse avec son deuxième album solo "Dr. Zab & His Robotic Strings Orchestra". Au début des années 80, il a collaboré à un titre sur un album du légendaire groupe belge UNIVERS ZÉRO. Pour en revenir à l'album "La Passage", le bon THIERRY, compositeur de tous les titres, joue de la basse, des claviers, du violoncelle, de la programmation et des traitements électro-acoustiques, tout en faisant quelques vocalises. Le seul autre musicien est le trompettiste invité Jean-Pierre Soarez. Après l'enregistrement, ZABOITZEFF s'est chargé du mixage et du remastering. Malgré sa relative brièveté (moins de 35 minutes), "La Passage" est une excellente œuvre qui sait donner un coup de jeune à l'idéal immortel d'une musique progressive qui vise les extrêmes les plus avant-gardistes.

Et pourquoi disons-nous qu'il s'agit d'un excellent travail ? Passons en revue les détails de l'album pour clarifier notre position. À La Poursuite Du Zoyd' commence par une présentation en couches d'un son sinistre où l'ornementation orchestrale et un riff de basse perçant donnent le ton au motif central bien défini. Au fur et à mesure que les claviers, la guitare, les monologues spectraux et les effets sonores se joignent à l'œuvre, la vitalité essentielle du morceau est constamment renforcée par les vibrations tendues qui jaillissent de son sein. Les contributions de la trompette ajoutent un élément somptueux à l'affaire. Le disque a commencé par un zénith convaincant. Vient ensuite "La Forêt" qui, avec une durée de plus de 14 ½ minutes, est la pièce la plus longue de ce disque. Un soliloque calme (dont l'auteur est François-René de Chateaubriand) nous introduit dans un beau et sobre passage de piano qui est bientôt accompagné par de gracieuses harmonies de synthétiseurs, bien qu'il s'agisse d'un bref mirage, car nous sommes bientôt introduits dans un lieu surréaliste où l'aura reposante extérieure ne peut nier le fait qu'elle cache quelque chose d'inquiétant derrière son rideau égocentrique. Les claviers continuent de mener la danse sur le plan thématique, mais leur parcimonie grisâtre a quelque chose de nouveau, qui est exploré à travers les bruits des gens qui organisent des mesures de mobilisation. Et c'est peu après la troisième minute que les orchestrations de violoncelles rejoignent le piano pour établir le premier corps central. D'un impressionnisme obscurantiste qui laisse parfois quelques espaces éphémères de chaleur, la pièce s'écoule dans des canaux expressifs marqués par une atmosphère cinématographique et une aura d'attente. Le deuxième corps central gagne en densité en suivant le chemin tracé par le premier, tandis que le troisième se situera dans un secteur intermédiaire. L'apothéose finale apporte une fraîcheur vibrante tout en complétant les ressources plus majestueuses qui se sont manifestées dans les moments précédents. Les bruits de la nature, avec les grillons qui jouent le rôle principal, constituent l'épilogue parfait. Un autre point fort de l'album.

Poster Boy' nous offre enfin une atmosphère douce où le lyrique prédomine avec une élégance cristalline dans une enclave sonore où l'électronique et l'acoustique interagissent dans un enchevêtrement bien articulé.* Le quatrième morceau du répertoire porte le titre particulier de 'Twisted Zoydian Song'.

Une partie de la douceur expressive de la pièce précédente persiste ici, mais on remarque que ce qui prédomine est un retour à des climax obsédants (capitalisés par les arrangements choraux inquiétants). Étant donné qu'il y a plusieurs passages marqués par un groove cybernétique saisissant, le propos n'est pas aussi sombre et lugubre que dans les deux premières pièces de l'album ; il y a cependant un vitalisme désincarné qui, lorsqu'il est revêtu de majesté, projette une étrange lueur. Toco se termine par la pièce éponyme, qui dure près de 5 minutes et demie. Le Passage' est une exploration des convergences entre le rock de chambre et l'électronique d'inspiration kraut, qui confère à la fin de l'album un aspect cosmique. La douceur des lignes de trompette, des arrangements choraux et des phrasés simples de guitare accompagnant les bases synthétiques méticuleuses s'ouvre vers les cieux comme source d'un véritable rayonnement contemplatif. C'est tout cela que le vétéran et incombustible crack de l'avant-garde progressive radicale THIERRY ZABOITZEFF nous offre avec "La Passage", un nouveau passage dans un long voyage d'aventures et d'investigations sur les terrains les plus complexes et les plus audacieux de la musique contemporaine. Totalement recommandable !!!!

Traduit automatiquement de l'Espagnol.

Retrouvez l'article original

Clair & Obscur (F)




Thierry Zaboitzeff – Le Passage
1 mars 2024 Clair et Obscur. Auteur: Thierry Zaboitzeff / Éditeur: Monstre Sonore/WTPL-Music/PIAS
Date de sortie: 2024
Chronique de: Thierry Folcher


Thierry Zaboitzeff Le Passage

Si vous connaissez Art Zoyd, je crois qu’il est inutile de vous présenter Thierry Zaboitzeff, membre fondateur du groupe au début des années 70. Et pour vous, ce nouvel album solo viendra tout naturellement s’ajouter à votre précieuse collection personnelle. Pour les autres, je pose simplement ces deux questions : « Voulez-vous arpenter des chemins fréquentés par des créateurs facétieux ? », « Voulez-vous visiter des contrées reculées où Can, Neu!, Magma, Gong, Univers Zéro, Zappa et même King Crimson ont déposé leurs bagages et leurs étranges créations ? ». Si cela vous tente, alors je vous invite à découvrir Le Passage et ses cinq mouvements dédiés à la sagesse des hommes et à la sauvegarde de notre planète meurtrie. Le propos n’est pas nouveau, c’est sûr, mais les artistes sont aujourd’hui en première ligne pour donner l’alerte et faire prendre conscience des dangers qui menacent notre avenir. La Terre se défend, mais à quel prix ! Au-delà des conflits que je qualifierais (hélas) de « traditionnels », c’est une lutte commune qui doit nous unir pour un combat essentiel et d’une extrême urgence. Pour l’instant, nous sommes loin du compte, mais les choses semblent bouger et motiver de plus en plus de personnes. La lutte sera malgré tout farouche et pas gagnée d’avance. Maintenant, il est temps de revenir à cet album extraordinaire qui demandera de vous investir un peu plus qu’à l’accoutumée. Je ne vais pas vous mentir, entrer dans l’univers d’Art Zoyd ou de Thierry Zaboitzeff n’est pas chose facile. Il faut s’attendre à perdre ses repères et à ne compter que sur le désir fou de découvrir l’insoupçonnable, voire l’impossible. En matière de musique, le plaisir peut revêtir toutes sortes de formes. Ici, la mélodie rassurante est souvent cachée, enfouie sous des couches de bruits, d’éléments percussifs, de tensions et de répétitions. Mais lorsqu’elle pointe le bout de son nez, elle éclaire de toute sa splendeur des zones restées, jusque-là, froides et parfois inhospitalières. Du clair-obscur musical, ni plus ni moins.

Par ailleurs, il est important que votre démarche soit sincère et loin de toute considération élitiste. Comme je le disais, c’est du plaisir et rien d’autre. L’album commence en forme de clin d’œil par « A La Poursuite Du Zoyd – Extended », un premier morceau sombre, étrange et dérangeant. L’électro, la trompette du fidèle Jean-Pierre Soarez et les boucles rythmiques vont servir de support à une drôle de panoplie, quasi hystérique, de sons, de coups d’archet et de haka triomphant. Tout un arsenal démoniaque surgi des tréfonds de la maison Zoydienne. Une entrée coup de poing qui sort instantanément l’auditeur de sa zone de confort. Il y a des chances que celui qui découvre le monde de Thierry Zaboitzeff pour la première fois soit surpris, pour ne pas dire perdu. Pas de panique, « La Forêt » qui enchaîne juste après va rassurer et même séduire. Ce long morceau de presque quinze minutes nous conduit au creux d’une forêt, à la fois belle et martyrisée. Les bruitages sont sans équivoque et par-dessus, la musique s’adapte. Le piano est à l’affût et les cordes amènent un douloureux sentiment de panique. Seulement voilà, au-dessus du cloaque, flotte cette fameuse mélodie qu’on attend, qui nous éclaire et nous transporte dans des contrées beaucoup plus accueillantes. La partition se fabrique doucement et les alternances entre douceur et tension, se révèlent au bon endroit. À aucun moment, la construction donne l’impression d’être mal foutue et de ressembler à un collage hétéroclite. L’auditeur suit le fil des événements et se retrouve figé au milieu des arbres abattus à constater l’étendue des dégâts. Pas ou peu de mots (ceux de Chateaubriand, au début, sont d’une force incroyable), mais une manifestation sonore qui vaut tous les discours et toutes les attitudes de circonstance.

On poursuit avec l’électro-jazz de « Poster Boy », une jolie respiration qui soulage des pressions précédentes. La trompette de Jean-Pierre Soarez se distingue à nouveau et assume son rôle cinématographique sur cette courte séquence pleine d’allant. Le bon équilibre est respecté et la diversité des climats s’impose habilement. Surtout que juste après, la tornade « Twisted Zoydian Song » relance la puissante machine destructrice. On est entraîné dans une course folle où les percussions et le piano foncent à toute allure pour servir un chant crépusculaire digne des meilleurs hurleurs de death growl. La tension est montée d’un cran et l’auditeur malmené attend l’embellie (ou pas). La fameuse dualité existe aussi en musique. Le fait d’exprimer avec force la colère et l’impétuosité est un bienfait pour glorifier la sagesse et la pondération. Tout ça pour donner au morceau titre « Le Passage », le soin de réparer et d’illuminer un tableau devenu bien sombre. Mais alors, quel coup d’éclat pour finir le disque ! Ce dernier titre est tout bonnement exceptionnel. Le chant me rappelle les grandes heures de Magma (le magnifique « Téhä » sur Felicité Thösz par exemple) et ses irrésistibles envolées vocales et rythmiques. En découvrant cet ultime voyage, le spectateur charmé a le sentiment d’ouvrir une porte vers la félicité et l’espoir. Le rythme est doux, la trompette soyeuse et les arrangements opportuns. Le passage se dessine et nous amène enfin vers le bon sens et la compréhension. Cependant, on aurait aimé le suivre un peu plus loin et bien au-delà des six petites minutes proposées. Alors, pourquoi un arrêt aussi abrupt ? N’était-ce qu’un mirage ? Thierry Zaboitzeff doit avoir les réponses.

Pour conclure, je dirais que cet album m’a fait un bien fou. En matière de sortie musicale, je désespérais de découvrir quelque chose de vraiment différent. Quelque chose qui ne soit pas dévoilé dès les premières mesures. Ici, pas de problème, à chaque minute, il se passe un truc et l’attention ne faiblit jamais. Par ailleurs, Le passage va beaucoup plus loin que son message affiché. Il revêt ce que l’homme est capable de créer dans ses meilleurs moments et donne confiance en sa destinée. Pour finir, si vous voulez en savoir plus sur l’univers de Thierry Zaboitzeff et plutôt que de vous perdre dans son abondante production, je vous conseille son recueil 50 Ans De Musique (s) sorti en 2022. Un triple CD absolument génial à déguster tranquillement, entouré (ou pas) de personnes averties et consentantes. Croyez-moi, à la fin du voyage, elles vous remercieront.

Coup-de-Coeur

Retrouvez l'article original

Exposé (USA)


Chronique
Thierry Zaboitzeff - Le Passage
 -  Monstre Sonore - WTPL-Music - PIAS, 2024, CD / DL
by Peter Thelen, publication du 14/02/2024

Les cinq titres présentés ici sont probablement ce qui se rapproche le plus d'un album complet que Thierry Zaboitzeff, membre fondateur d'Art Zoyd, a sorti depuis un certain temps. Avec pour inspiration un thème qui cherche la sagesse dans le futur à partir d'un présent morose, il ne fait aucun doute que TZ rassemble ici plusieurs de ses influences ; en fait, deux des morceaux font explicitement référence à son ancien groupe dans leurs titres, bien que dans l'ensemble cette collection d'œuvres soit très tournée vers l'avenir. En plus de ses nombreuses années en tant que compositeur, Zaboitzeff était généralement connu comme violoncelliste et bassiste, bien que ces dernières années il soit devenu un maître de nombreux instruments, et ici il joue de presque tout, y compris des claviers, des échantillonneurs, de la programmation, et divers traitements électro-acoustiques, plus des voix, bien qu'il n'y ait pas beaucoup de voix ici, principalement des grognements bas et des morceaux parlés. Sur les morceaux impairs, il est rejoint par son ancien camarade de groupe Jean-Pierre Soarez à la trompette, ce qui souligne encore la connexion avec Zoydian. Le morceau "La Forêt", d'une durée de plus de quatorze minutes, sert de pièce maîtresse, un étrange morceau apocalyptique basé sur le piano et les cordes avec des sons trouvés en abondance, des rythmes bas et stridents brisent les parties les plus pastorales, avec des voix allemandes à voix basse et d'autres vocalisations mystérieuses qui mystifient l’auditeur.
Le set s'ouvre sur "À la Poursuite du Zoyd - Extended", un morceau qui a pu ou non apparaître auparavant sous une autre forme, qui souffle comme un ouragan pendant les premières minutes, mais qui trouve rapidement un groove entraînant sur lequel les claviers, la trompette et les voix sombres occupent une place prépondérante dans un chaos déformé et fracturé. De même, "Twisted Zoydian Song" est un morceau au rythme rapide, au groove entraînant, où les voix macabres abondent. "Poster Boy" présente un style rythmique inhabituel avec la trompette au premier plan, tandis que le morceau-titre clôt le set, mêlant trompette et électronique sur une séquence au rythme lent avec des voix douces et ce qui ressemble à un dobro à coulisse, accélérant le rythme au milieu des cinq minutes que dure le morceau. Ce morceau ne ressemble à rien de ce qu'il a fait auparavant, mais il rappelle certainement des éléments de ses œuvres précédentes. Dans l'ensemble, Le Passage marque un pas en avant audacieux tout en saluant le passé.

Retrouvez l'article original

Progjazz (CL)


Thierry Zaboitzeff y «Le Passage»: Del Caos a la Creación
par Rodrigo Oyarce 09/02/2024


Le contexte

La musique de Thierry Zaboitzeff est radicale, nuancée, en rupture avec les règles, l'expression d'un musicien qui transmet sans cérémonie la densité de l'esprit. Avec une carrière qui s'étend sur cinq décennies et après avoir fait partie d'un des groupes les plus emblématiques du Rock d'opposition et d'avant-garde, Art Zoyd, Zaboitzeff nous a offert, au fil des années, une musique vibrante, exceptionnelle et innovante, où l'expérimentation fait partie du quotidien du musicien français.

En 2022, Thierry a sorti une anthologie musicale sur ses 50 ans de musique, où l'on peut entendre des bribes de ses multiples projets tant en solo qu'avec son groupe mère, Aria Primitiva et Zaboitzeff and Crew. Aujourd'hui, c'est au tour d'un nouvel album intitulé "Le Passage", composé, interprété, mixé et remasterisé par Zaboitzeff lui-même, et auquel participe le trompettiste français et ancien membre d'Art Zoyd, Jean-Pierre Soarez, sur trois titres.

L'album

Dès les premières notes de "À La Poursuite Du Zoyd", le voyage auquel Zaboitzeff nous convie devient clair, le début asphyxiant nous met très tôt en alerte, une basse au riff répétitif, presque comme un mantra, nous projette dans les profondeurs abyssales. La voix du musicien, issue de lieux ancestraux, nous met en transe et nous fait souvent nous demander si nous sommes encore " présents " dans cette réalité et la trompette de Soarez dessine un paysage mélodique parfait dans cette descente éthérée vers le primordial. Le nom du morceau n'est pas un hasard, si tant est qu'il existe, car on y retrouve tout l'enrichissement sonore que Thierry a apporté pendant des années à cette école initiatique qu'était Art Zoyd.

Après cette attaque furieuse contre la conscience, Zaboitzeff nous présente le morceau "La Forêt" qui, en près de 15 minutes, recrée merveilleusement un film que le subconscient s'efforce de développer dans nos rêves. "Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent", ce qui se traduit par "Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent" et qui est également dit en allemand, est une citation de l'écrivain, diplomate et historien français François-René de Chateaubriand, l'un des représentants les plus remarquables de la littérature française du XIXe siècle, que Zaboitzeff récite d'une voix qui sert d'introduction à la vision viscérale d'un musicien sans contemplation. Le "calme" présumé que nous entendons ne fait qu'effleurer nos sens, car dans les recoins de la raison se cache le son déchirant, presque un cri intempestif de toutes les fibres du musicien qui, tel un vent d'ouragan, nous laisse peu d'espace pour respirer, mais qui est totalement nécessaire si nous voulons survivre face à un tel cadeau dantesque pour les sens. L'instrumentation de Thierry, qui joue de manière fascinante des claviers, du violoncelle et d'une variété d'effets électro-acoustiques, fait de cette pièce un tourbillon d'émotions.

Le troisième moment du voyage s'intitule "Poster Boy", écrit à l'origine par Thierry pour le film "Fang Den Haider" de la réalisatrice belge Nathalie Borgers, et que l'on retrouve sur cet album avec un nouvel arrangement. Nous retrouvons ici Jean-Pierre, avec ses coups de pinceau instrumentaux qui dessinent magistralement toute l'atmosphère, presque en noir et blanc, qui nous rappelle la mélodie. On y retrouve des éléments d'un jazz moderne qui, avec tant de mélanges et d'évolutions, est presque indiscernable parmi toute la variété de sons que nous offre Zaboitzeff. Je voudrais prendre une petite licence, et j'espère que l'hypothétique lecteur de ces paroles et Thierry lui-même me pardonneront, mais je n'ai pas pu m'empêcher de me souvenir et peut-être dans mon esprit enfiévré d'associer certains passages sonores de ce thème au "Waiting Man" de King Crimson. Ce n'est qu'une appréciation d'un homme absorbé par l'alchimie de cet album.

"Twisted Zoydian Song" est, comme son nom l'indique, essentiellement un tourbillon de sons intrinsèques au passé de Zaboitzeff mais toujours avec un pied de plus dans le présent, et surtout dans le futur. On avait déjà entendu cette mélodie, ou une partie, dans le teaser que le musicien nous avait montré et maintenant qu'on peut en écouter le développement, on se rend compte que l'expression artistique de Thierry ne peut être contenue, car elle nous montre un musicien totalement déraciné de toute norme de catalogage, un musicien qu'on ne peut définir, un artiste qui trouve dans chaque labyrinthe neuronal, un moyen de nous transmettre, à nous simples mortels, ses étincelles créatives à partir de ses entrailles. Presque au terme de cette ode sensorielle, je glisse librement dans l'esprit d'un poète sonore.

Ce voyage initiatique s'achève avec le thème homonyme qui nous dépouille sans vergogne de la raison pour nous abandonner totalement à la "magie" cosmique d'un musicien qui s'est incarné avec bonheur sur ce plan de la réalité. Dans la main de Zaboitzeff, Soarez est une fois de plus l'accompagnateur parfait pour dessiner les mélodies astrales qui nous conduisent vers les intensités du cosmos. La contemplation de l'existence humaine nous fait prendre conscience que notre existence est liée à une énergie incompréhensible. Cette fin mélodique est le triomphe de la lumière sur les ténèbres.

Une lumière dans l'obscurité

Nous sommes désemparés devant un album qui n'est pas fait pour être écouté, mais pour être vécu par tous les pores de notre corps et qui est un baume pour notre existence endeuillée. Une lumière pour l'esprit.

Retrouvez l'article original

Outsidenoise.org (USA)


LE PASSAGE - THIERRY ZABOITZEFF
Chronique de l'album

13/02/2024

Un rapide coup d'œil dans un livre d'histoire ne fait qu'accroître notre peur existentielle. Problèmes non résolus, erreurs répétées, ornières creusées. Nous regardons le monde - un désert inondé, une terre brûlée, un océan en crue - et nous ne pouvons nous empêcher de nous demander comment nous avons pu penser que nous pourrions organiser une solution aux problèmes que nous voyons. Ces questions sont au cœur du nouvel album de Thierry Zaboitzeff, Le Passage, un disque de rock progressif décoiffant qui raconte l'histoire vivante d'un chaos qui s'installe et d'un espoir frustré. L'album se déroule comme un ballet, introduisant chaque moment et chaque personnage par un motif musical distinct, naviguant sur un chemin sinueux à travers des riffs de free jazz, un rock motorisé rigide et un sublime vol plané classique. Une trompette bipolaire joue le rôle de personnage principal, passant rapidement d'un son classique royal et ouvert à un son jazz serré et rapide. Malgré ce bombardement de chaos, Zaboitzeff laisse quelques espaces ouverts à l'espoir indemne, terminant le disque sur une note directe et harmonieuse qui nous rappelle que, tant que nous chantons encore, notre histoire n'est pas encore terminée.

Lire l'article original ou écouter

Babyblaue Seiten (D)


LE PASSAGE - THIERRY ZABOITZEFF
Chronique de l'album par Siggy Zielinski
08/02/2024

Cofondateur d'Art Zoyd, compositeur et multi-instrumentiste, Thierry Zaboitzeff a sorti début 2024 un nouvel album-concept, "La Passage". Il y est question d'un avenir dystopique que l'homme a provoqué en détruisant la nature.

Dès le morceau d'ouverture "à la poursuite du zoyd - extended", les sombres visions du futur nous accueillent dans la bonne tradition du zoyd. Un motif répétitif pour la basse et les guitares sert de base à un entrelacement menaçant de chants gutturaux, d'une trompette névrosée, de contributions avant-gardistes au piano dans l'esprit de Keith Tippett et de voix parlées frénétiques. Vers la fin, une majestueuse mélodie de la chute plane au-dessus de tout cela.

Avec "Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent", les mots de François-René de Chateaubriand (1768-1848) résonnent au début de "La Forêt" ("Der Wald"). Cela rappelle que le déboisement massif a commencé il y a déjà plusieurs siècles, d'autant plus que la "civilisation" humaine précoce n'aurait pas été concevable sans l'utilisation massive du bois. "La Forêt" concilie les sons du terrain avec la déforestation, les passages ambiants sombres, les moments classiques et romantiques inspirés par la musique classique moderne ainsi que les contributions vocales mystérieuses.

Le titre "Poster Boy", à la composition rapide et à mi-chemin entre le classique moderne, l'électronique et l'art-rock, a été utilisé dans sa forme originale pour le film de Nathalie Borgers "Fang den Haider". Il est possible qu'un Poster Boy représente ici symboliquement la phase finale hédoniste de la civilisation actuelle. Très joliment déjanté, le "Twisted Zoydian Song", comme le titre l'indique déjà avec justesse. Le morceau a quelque chose d'une danse avec le diable à la fin de notre époque. Les chants parlés bizarres, les percussions électroniques, le synthétiseur, la guitare électrique, le piano et les instruments à vent créent des grooves inquiétants dans cet avant-prog venu de l'enfer, qui contient probablement aussi une pointe d'humour.

En comparaison avec tout ce qui précède, la composition finale intitulée "Le Passage" sonne presque romantique. Sur une base électronique détendue de rythmes et de séquences, on entend une voix presque pop accompagnée de cordes et d'une trompette. Tout va bien, tout va à moitié, c'est ainsi que l'on pourrait également interpréter le morceau titre.

Retrouvez l'article original

SHARE  |  PARTAGEZ